Christine Aubry - Agronome, Ingénieur de Recherches hors classe à l'INRA, Responsable de l'équipe de recherches "Agricultures urbaines" UMR SAD-APT Professeur consultant Agroparistech

Agricultures urbaines : les pratiques s'enracinent durablement. 

Les agricultures urbaines :  de quoi s’agit-il ?

Christine Aubry : L’expression « agricultures urbaines » englobe une grande diversité de formes d’agricultures dans la ville ou en périphérie, qui entretiennent un lien étroit avec elle. D’abord, les agricultures urbaines approvisionnent la ville en nourriture à différentes échelles. Ensuite, elles peuvent lui fournir d’autres services, par exemple la valorisation de ses déchets et résidus organiques (les boues des stations d’épuration sont depuis longtemps utilisées par l’agriculture, notamment péri-urbaine). 

L’agriculture urbaine a différents visages : depuis sa forme non-professionnelle avec les jardins collectifs sur les toits, en passant par les fermes maraichères proches des villes qui vont servir à alimenter les circuits courts, et par les micro-fermes urbaines qui jouent un rôle pédagogique, jusqu’aux serres urbaines ou aux indoor farming, ces fermes verticales du futur qui optimisent l’espace dans un objectif de production. 

Quelle est la mesure du phénomène aujourd’hui ?

C. A. : Le phénomène s’enracine aujourd’hui dans le monde entier, en répondant aux besoins spécifiques des citadins locaux : les jardins collectifs explosent au niveau mondial et, face à la crise, l’Europe du Sud les a adoptés dans un objectif alimentaire. 

En France, certains projets répondent à d’autres besoins tantôt environnementaux (serres en toiture récupérant la chaleur de bâtiments - blanchisserie, data center -, biodiversité encouragée dans les micro-fermes urbaines), tantôt pédagogiques (accueil des scolaires…) ou sociaux (emploi de personnes en insertion…). L’essor des pratiques d’agricultures urbaines prouve qu’elles répondent à ces besoins variés et qu’elles continueront à se développer.

Quelle est la place des déchets et des résidus urbains dans ces pratiques ?

C. A. : Les villes sont un immense gisement de matière organique. Par exemple, nous avons travaillé avec une ferme qui recycle le marc de café pour faire pousser des pleurotes : son résidu de culture (le marc ajouté au mycelium des pleurotes) s’est avéré un excellent fertilisant organique. Or, à Paris, il y a des milliers de cafés qui produisent chacun 4 tonnes de marc en moyenne chaque année ! 

Aujourd’hui, les déchets organiques sont diversifiés et fournissent potentiellement une matière précieuse pour l’amendement des sols. Elle est nécessaire à l’agriculture urbaine, mais également au secteur des grandes cultures qui en est souvent déficitaire. Pourtant, si les déchets ménagers ou les déchets de la restauration pourraient contribuer à fertiliser les sols, les filières doivent encore s’organiser car la logistique est lourde, même en privilégiant les circuits courts. Collecter en milieu urbain selon le déchet recherché, transformer cette matière (méthanisation, micro-méthanisation, compost), lui assurer des débouchés en normalisant ce produit… On touche à des procédés que les industriels maîtrisent. Aussi, des partenariats pourraient se nouer dans une dynamique d’économie circulaire. De nombreux cercles vertueux, générateurs d’innovations, d’emplois et de valeur, restent à créer.