Dominique Sciamma - Directeur de Strate, Ecole de Design

Tout ouvrage doit obéir à une logique d'intelligence de service, de qualité, de justesse et de beauté.

Aujourd’hui, il semble que le design soit présent dans toutes les composantes de la société, y compris industrielle. Quelle conception du design enseignez-vous à Strate ?

Dominique Sciamma : Le design du 21e siècle n’a plus rien à voir avec celui du siècle précédent : nous enseignons un design post-industriel, engagé dans des valeurs humanistes car il doit répondre aux nécessités du monde.

Ce n’est pas une discipline, c’est un lieu de rencontre, une approche, une méthode, une volonté. Son ambition est de créer des conditions de vie réussies pour chacun et pour tous.

Le slogan de Strate est clair : rendre le monde plus simple, plus juste, plus beau. Le design est politique ! Pour cela, nos étudiants doivent avoir envie de changer ce monde car les défis à relever sont nombreux (ouverture, complexité, durabilité, partage, numérique…). Le designer du 21e siècle garde en ligne de mire le sens : pourquoi fait-on ça ?

Vous évoquez la problématique de durabilité : comment la préservation de l’environnement est-elle intégrée dans la réflexion du designer ?

D. S. : Les designers d’aujourd’hui doivent être en prise avec la réalité de leurs contemporains et ouverts sur le monde.

Or, notre réalité est celle-ci : les ressources naturelles s’épuisent et nous devons apprendre à penser, vivre et consommer autrement. Les designers sont conscients de leur responsabilité dans ce processus.

En étant pluridisciplinaires, créatifs et disruptifs, les designers doivent pouvoir apporter des réponses durables.

En joignant les intelligences, en agissant collectivement, en étant pluridisciplinaires, créatifs et disruptifs, les designers doivent pouvoir apporter des réponses pragmatiques et durables. À Strate, nous proposons par exemple une formation spécifique intitulée « Design Mobilités » au sein de laquelle nos étudiants imaginent de nouvelles solutions de mobilité qui soient à la fois désirables ET responsables.

TIRU exploite plusieurs sites remarquables architecturalement parlant, notamment celui du SYCTOM à Issy-les-Moulineaux qui attire régulièrement des visiteurs du monde entier. De quelle manière le design participe-t-il de l’acceptabilité des ouvrages industriels dans les paysages ?

D. S. : Au-delà de l’aspect architectural, ces ouvrages exemplaires illustrent à mon avis le souffle qu’apporte le design lorsqu’il est intégré à tous les niveaux du projet. Et le premier niveau, c’est l’ambition politique.

Tout ouvrage doit obéir à une logique d’intelligence de service, de qualité, de justesse et de beauté. C’est précisément l’apport du design.

Pour intégrer les activités industrielles dans les paysages, les designers prennent en compte le fait que la plus avancée des technologies, aussi fascinante et brillante soit-elle, doit être questionnée sur ce qu’on en fait, et au bénéfice de qui. Dès lors, les usagers, les citoyens, les habitants, les salariés, sont impliqués dans le projet et c’est sur ce point de jonction que l’intégration réussit.