François-Michel Lambert - Député des Bouches-du-Rhône, Président-Fondateur de l'Institut de l'économie circulaire

Le député François-Michel Lambert a créé en février 2013 l’Institut de l’économie circulaire. Il revient pour TIRU le Mag sur la gestion des déchets dans cette logique vertueuse.

La loi sur la transition énergétique place le groupe EDF en première ligne pour imaginer l’avenir de la France. Jean-Bernard Lévy, son PDG, explique en quoi la filiale TIRU va contribuer à relever ce défi aux côtés de l’ensemble du groupe. 

Quelle place tiennent les  déchets dans  l’économie  circulaire ?

François-Michel Lambert : L’économie circulaire entend rompre avec l’économie linéaire qui a prévalu depuis la révolution industrielle et qui se résumait à extraire des matières premières, à produire, consommer, puis jeter. Aujourd’hui, les matières premières s’épuisent et notre capacité à absorber les déchets montre ses limites. L’économie circulaire considère la matière comme une ressource et repose sur la création de boucles de valeur positives à chaque utilisation ou réutilisation de cette matière avant sa destruction finale. Dans cette approche, la gestion des déchets s’intègre dans la boucle comme une simple étape : le déchet est régénéré en matière secondaire, on ne le pense jamais en termes de « finitude ». Comme ces boucles de valorisation sont pensées en recherchant l’efficience de l’usage qui va en découler, il n’existe pas un parcours unique pour les matières mais de multiples possibilités adaptées au produit à revaloriser et aux besoins des usagers.

Comment multiplier les pistes de  revalorisation, qui ont un coût important, alors même que le prix de l’énergie baisse ?

F.-M. L. : La valorisation énergétique incarne en effet ce système de boucle : on crée un écosystème autour de flux matières, en pensant à un usage collectif efficace (chaleur, biogaz, mais aussi compost, mâchefers…). Et chaque écosystème ainsi mis en place est porteur d’opportunités et créateur de valeur. Certes, l’aspect financier peut être un frein pour concrétiser ces boucles car chacun regarde d’abord les coûts qu’elles engendrent, sans penser aux cascades de potentiels bénéfiques (emplois, économie des ressources…). Pourtant, il faut innover. Et je crois que cela doit passer par des expérimentations des territoires, à qui on doit simplifier la mécanique administrative afin qu’ils testent de nouvelles solutions, à l’image des Green Deals des Pays-Bas. Cela passe non pas par des aides directes de l’Etat mais par le cadre fiscal et / ou législatif, de manière à favoriser les projets pilotes.

Le plan de réduction des déchets (-50 % de mise en décharge d’ici 2025) doit contribuer à la transition vers l’économie circulaire.  Comment parvenir à cet objectif ?

F.-M. L. : Cet objectif est un signal fort qui nécessite de planifier cette réduction dans le temps et de systématiser la qualification des flux de matières, pour qu’en 2025, les résultats soient présents. Entretemps, il faut insuffler une culture forte des flux matières, qui représentent un socle de l’économie circulaire. Cette culture, déjà bien ancrée dans certains territoires, doit être enseignée aux jeunes générations. Car tout citoyen porte une grande responsabilité dans la réussite de ce projet : bien trier, c’est la base. Puis les collectivités doivent prendre des décisions pour favoriser un tri et une collecte de flux efficaces, de manière à en intensifier l’usage. L’économie circulaire, c’est avant tout un projet collectif porteur de valeurs : le partage et la transmission font partie de son ADN.